lundi 25 février 2008

BAVIÈRE (10) – DES LIEUX OÙ L’ON POURRAIT VIVRE : LE LAC-TRIPLE-FRONTIÈRE

Qu’y a-t-il après un tel lieu, après un tel château ? Je m’en inquiétais un peu. Que pourrais-je admirer, si peu de temps après ?
J’avais tort. Peut-être parce que Neuschwanstein est du domaine du rêve, qui ne se compare pas à la réalité. Peut-être parce que le charme d’une ville n’est pas du même ordre que celui d’un château. Ou peut-être parce que notre capacité d’émerveillement ne s’épuise pas.
Lindau et Ulm m’ont touchée, profondément. Toutes deux ont cette lumière et cette accueillante beauté des lieux où l’on pourrait vivre. Le mot de charme était juste. Ne croyez pas que le charme soit « discret », bourgeois et bien élevé, quelque chose de moins intense et plus poli que la beauté. Non, le charme est un sortilège, puissant mais intime, profond mais secret. Lindau et Ulm eurent pour moi, pour nous, ce charme-là.
J’avais de la ville-île au bord du Lac de Constance un très vague souvenir d’harmonie sereine. Lindau est bien ainsi, toujours ainsi. Préservée, comme par miracle. Préservée de quoi ? Je ne sais pas. De la foule, du brouhaha, des excès en bien ou en mal. Sans doute est-ce un phénomène d’île, car la partie « continentale » de la ville n’a rien de ce charme.

Un phare aux teintes claires, aux proportions modestes, est veillé par un grand lion de pierre : à Lindau, on sait que les phares sont menacés, à plus forte raison quand ils éclairent un Lac-Triple-Frontière. En allemand ce nom serait possible : Dreigrenzensee.
Des rues lumineuses et pavées, un excellent restaurant, des hôtels colorés. Une petite station balnéaire du Nord. Un endroit où se réchauffer, s’éclairer. Un lieu de sourire et de paix. Etrange impression pour une frontière. Je me demande quel a été le sort de Lindau pendant la Seconde Guerre Mondiale, comment se sont noircies ses couleurs, comment s’est voilée sa lumière.

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