mardi 26 février 2008

BAVIÈRE (fin) – LA VILLE DU CONTE


Ce quartier des pêcheurs annonçait quelque chose de plus magique encore, une plongée plus profonde dans le Conte.
Nous avons repris le bateau-voiture, désormais couvert de boue, et avons filé vers le Nord. Et nous voici dans la Ville du Conte, à Rothenburg, et je pourrai en dire tout ce que je veux, vous ne me croirez pas. A moins que vous n’ayez déjà foulé les rues de Wall ou de Lud-in-the-Midst pendant le Marché Féerique. A moins que vous ayez suivi le Joueur de Flûte un soir dans les rues de Hamelin. A moins que vous ayez trouvé un jour l’un de ces livres-portes par lesquels on entre tout entier dans le Conte et n’en soyez jamais ressorti. Si vous n’êtes pas de ceux-là, vous ne me croirez pas.
Il vous faudra venir à Rothenburg.
Il vous faudra y venir comme nous hors saison, un soir de semaine, et vous promener seuls dans ses rues, à la nuit tombée.
Il vous faudra dormir comme nous à l’hôtel Spitzweg, un hôtel merveilleux, depuis la chambre jusqu’au hall d’entrée, du pantagruélique petit-déjeuner à l’hôte adorable et tout à fait en accord avec Rothenburg : un vieil homme souriant à barbe blanche, visage rond et petites lunettes, quelque chose du Père Noël, du grand-père gâteau doté d’étranges pouvoirs qui lui semblent aussi naturels que la cuisson d’un œuf pour le petit-déjeuner de ses hôtes.
Il vous faudra arpenter les rues de Rothenburg. Elles sont pavées. Eclairées seulement par les lanternes qui se reflètent sur la pierre des maisons, et par les vitrines illuminées des boutiques fermées.
Approchez-vous de ces vitrines : ce sont des fées, des crèches musicales, des confiseries, des chevaliers de bois… Vous êtes bien des enfants, marchant tout étonnés dans ce Bourg-à-Remonter-le-Temps où toutes les boutiques sont faites pour vous.
Il vous faudra pousser la porte d’une des minuscules échoppes.
Alors peut-être me croirez-vous et marcherez-vous à votre tour dans le Conte, les yeux écarquillés de merveilles.

lundi 25 février 2008

BAVIÈRE (11) – DES LIEUX OÙ L’ON POURRAIT VIVRE : ULM LA VIEILLE

Un charme de même nature opère dans le centre de la vieille cité d’Ulm. Antique université, lieu d’étude et de savoir, lieu de beauté. Les soldats autrichiens qui s’y sont rendus à Napoléon sans combattre ont sûrement été séduits aussi par le lieu, ont peut-être voulu y rester et y vivre, et si la reddition était le prix à payer, Ulm le valait bien.
Pourtant la guerre n’a pas épargné cette cité-là. Elle ne cache pas ses cicatrices : elle annonce que ces maisons ont été bombardées pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle dédie cette place à Hans et Sophie Scholl… Ulm a cette grâce et cette sagesse que seule peut détenir une très vieille ville : elle sait avancer, elle sait que les ères se mélangent sans se détruire, que l’art et l’architecture n’en finissent pas d’exister. On y trouve dans la Vieille Ville d’audacieuses pyramides de verre qui côtoient des maisons peintes traditionnelles, des structures métalliques élégantes et des maisons à colombages, autour de la gigantesque cathédrale dont la flèche se lance très haut dans le ciel, visible en tous points de la ville et même depuis l’autoroute. La plus haute du monde — mais Ulm a le record modeste, elle sait que ce n’est pas cela qui importe. Et ce n’est pas cela : ce sont les incroyables gargouilles, toutes différentes de formes de styles et de tailles ; ce sont les statues XIXe, si étonnamment réalistes dans leurs visages et leurs vêtures ; c’est l’extraordinaire abat-voix de bois sculpté qui surmonte la chaire ; c’est le porche majestueux et riche de mille détails ; c’est l’invraisemblable tabernacle ciselé de calcaire et de grès ; ce sont les orgues dont les tuyaux évoquent les ailes d’un ange.

Pourtant il y a cette flèche. Qui monte et monte à n’en plus finir, les 768 marches et retour, d’abord dans de solides tours de pierre, puis de plus en plus épurées, dans la dentelle, suspendue, étroite, filant dans le ciel. Une montée infinie, oui, à paliers, avec même un appartement à mi-hauteur, pourvu d’un mécanisme pour y hisser des paniers. On se demande qui vivait là : des serviteurs de la cathédrale qui y passaient la journée avant de redescendre vers le sol et leurs familles ? Ou des religieux rêvant d’érémitisme, venant méditer entre le Ciel et la Terre ? Est-ce d’un tel appartement qu’il a fallu descendre le grand corps mort de Saint Thomas d’Aquin ? Nous soupirons et admettons qu’alors, oui, Abbon avait du mérite, et que certains moines étaient un peu prompts à se moquer de son exploit.*
Etrangement, la flèche est plus vertigineuse encore vue d’en bas. Du sommet, nous nous penchions vers le sol, toute perspective écrasée, les humains de la même taille que les pigeons. Mais du sol, levant la tête vers la flèche, vers la frêle balustrade qui l’entoure, tout près du sommet, nous sommes stupéfaits de savoir que nous nous sommes tenus là-haut, en plein ciel, et en sommes redescendus (pour nous livrer à de très terrestres appétits et déguster les gâteaux dont j’ai déjà parlé.)

Mais Ulm n’oublie pas sa sagesse. Elle a la plus démesurée des cathédrales, et tout près, un quartier très différent, à échelle humaine, aussi tendrement imparfait que la cathédrale est sublime de majesté. Dans le quartier des pêcheurs, tout de canaux et de maisons à colombages, aux perspectives bizarres, aux angles biscornus, des maisons se dressent de guingois, se penchent au-dessus de l’eau, se tordent vers leurs voisines. On s’émeut, se donne la main, cela n’a rien de Venise ni même d’Amsterdam mais il y a des ponts et des placettes, du lierre et des ruelles, et les Amoureux s’y embrassent comme les maisons.


* cf. Umberto Eco, Le Nom de la Rose dont je parle aussi ici

BAVIÈRE (10) – DES LIEUX OÙ L’ON POURRAIT VIVRE : LE LAC-TRIPLE-FRONTIÈRE

Qu’y a-t-il après un tel lieu, après un tel château ? Je m’en inquiétais un peu. Que pourrais-je admirer, si peu de temps après ?
J’avais tort. Peut-être parce que Neuschwanstein est du domaine du rêve, qui ne se compare pas à la réalité. Peut-être parce que le charme d’une ville n’est pas du même ordre que celui d’un château. Ou peut-être parce que notre capacité d’émerveillement ne s’épuise pas.
Lindau et Ulm m’ont touchée, profondément. Toutes deux ont cette lumière et cette accueillante beauté des lieux où l’on pourrait vivre. Le mot de charme était juste. Ne croyez pas que le charme soit « discret », bourgeois et bien élevé, quelque chose de moins intense et plus poli que la beauté. Non, le charme est un sortilège, puissant mais intime, profond mais secret. Lindau et Ulm eurent pour moi, pour nous, ce charme-là.
J’avais de la ville-île au bord du Lac de Constance un très vague souvenir d’harmonie sereine. Lindau est bien ainsi, toujours ainsi. Préservée, comme par miracle. Préservée de quoi ? Je ne sais pas. De la foule, du brouhaha, des excès en bien ou en mal. Sans doute est-ce un phénomène d’île, car la partie « continentale » de la ville n’a rien de ce charme.

Un phare aux teintes claires, aux proportions modestes, est veillé par un grand lion de pierre : à Lindau, on sait que les phares sont menacés, à plus forte raison quand ils éclairent un Lac-Triple-Frontière. En allemand ce nom serait possible : Dreigrenzensee.
Des rues lumineuses et pavées, un excellent restaurant, des hôtels colorés. Une petite station balnéaire du Nord. Un endroit où se réchauffer, s’éclairer. Un lieu de sourire et de paix. Etrange impression pour une frontière. Je me demande quel a été le sort de Lindau pendant la Seconde Guerre Mondiale, comment se sont noircies ses couleurs, comment s’est voilée sa lumière.

BAVIÈRE (9) – LES MARCHES DE NEUSCHWANSTEIN

Et je n’ai pas dit les châteaux. On va finir par croire qu’ils m’ont déçue, et ce n’est pas le cas, juste que mes mots les contournent et peinent à se hisser jusqu’à eux, comme il faut se hisser jusqu’à Neuschwanstein. L’ordre est important, bien sûr. Il faut voir Neuschwanstein en dernier. Il faut pouvoir admirer d’abord le délirant mimétisme et l’île mélancolique de Herrenchiemsee , s’étonner de l’intimité de Linderhof avec son double écrin de parc et de montagnes. Il faut pouvoir admirer et s’étonner encore devant le château familial et baroque de Hohenschwangau, se retourner vers Neuschwanstein et se demander pourquoi Ludwig a éprouvé le besoin de faire construire un autre château si près de celui qu’il possédait déjà et qui nous paraît vaste et beau. Il faut tout cela, toutes ces marches, avant de se hisser jusqu’à Neuschwanstein, et de comprendre.

Bien sûr que le nom est significatif, presque adolescent, un nouveau cygne marquant la différence avec l’ancien qu’on s’est contenté d’hériter. Bien sûr qu’on y retrouve des influences, bien sûr qu’il est inachevé, que par endroits on devine presque le mortier, mais — mais Neuschwanstein a cette qualité rarissime, indescriptible, des rêves réalisés. Un rêve entré de plain-pied dans le monde, un rêve fait chair et pierre, une impossibilité, une Porte, un hoquet de la réalité.
Neuschwanstein n’est pas impensable, ni inimaginable. Au contraire il est aisément imaginé, avec enthousiasme. C’est l’incarnation de cette imagination qui est inconcevable. Qu’on ait pu non seulement le rêver, non seulement le désirer, non seulement le deviner — mais le bâtir.
Il y a encore une chose qui le distingue des autres châteaux, de tous les autres : l’absolue cohérence qui le caractérise. Neuschwanstein n’est pas un habitat séculaire, peu à peu reconstruit, transformé, redécoré. Pas de strates. La volonté d’un esprit unique, le fil rouge d’un hommage obsessionnel. Ces fresques wagnériennes qui enluminent tous les murs de leurs teintes vives nous ont plu, et touchés. Je ne m’y attendais pas. Le style est illustratif, décoration de théâtre, romantisme à quatre sous, nobles dames aux longs cheveux, aux vastes manches, chevaliers et dragon, navire arborant une voile blanche, bateau-cygne cinglant vers le port d’Anvers, amants enlacés, adieux déchirants, morts tragiques. Le tout à l’allemande : les personnages sont tous plus larges que nature, plus forts, plus sains, avec surplus de tresses blondes et de hanches larges, mais — cela joue. Cela vit. Cela fonctionne, guide et unit. C’est une folie, tout le château est une folie vertigineuse, mais elle existe. Elle s’est ancrée solidement dans le monde. On peut l’arpenter, l’habiter.
Il faut, cepndant, y monter à pied (ou à la rigueur en calèche) le long d’une route raide. C’est bien. L’effort permet à chacun de réaliser la nature exceptionnelle de Neuschwanstein.

BAVIÈRE (8) – DANS L’OMBRE DES MONTAGNES

Soir. Notre chambre à l’hôtel Spitzweg, Rothenburg-ob-der-Taube (plafond bas et poutres blanchis, meubles de bois peints à dominante vert forêt, tous assortis aux mêmes motifs, tapisseries, en pleine Alte Stadt, ruelle médiévale à souhait)
C’est certainement pour compenser le retard croissant que j’écris de si longues entrées à ce journal, le présent s’efforçant vainement de reprendre le pas sur le passé.

Ce que je n’ai pas dit.

Qu’à Ettal, un village perdu entre Garmisch-Partenkirchen et le château de Linderhof, dans les Alpes, à deux pas de la frontière autrichienne, se trouve un gigantesque couvent bénédictin, église surmontée d’un dôme de basilique, immenses ailes aux murs peints de blanc et de rouge comme tous les monastères de la région. Le plan est rectangulaire et clos, entourant une vaste cour-jardin, humide et nue en cette saison. Le village autour est minuscule, à peine une dépendance du Kloister, de sa brasserie, de sa manufacture d’objets religieux. Les montagnes escarpées grimpent juste derrière l’une des ailes. Or, ce Kloister, qui abrite toujours des religieuses, est aussi un lycée. Nous étions samedi, et n’avons vu aucun(e) pensionnaire, à peine croisé deux dames à l’allure de professeurs.
Plus qu’un décor possible pour un GN Harry Potter : un décor de roman, pour l’un de ces pensionnats de jeunes filles où le huis clos, la sévérité de la Règle, l’austérité du paysage, ouvrirait sur les plus abyssales folies.
Et je me demande, vraiment, ce que peuvent être les sentiments d’une adolescente d’aujourd’hui interne dans un tel lycée, en un tel lieu, au pied de telles montagnes. Comment elle passe l’hiver. Où elle se réfugie. Quelles patientes constructions mentales elle se bâtit. Si elle rêve des skieurs branchés de Garmisch, ou de la sauvagerie des montagnes inviolées, ou d’une grande ville — ou d’un Autre Monde.

Je n’ai pas dit non plus en quoi Mittenwald nous a irrésistiblement évoqué Twin Peaks. A cause de l’usine que nous avons vu à l’entrée de la ville, bâtie comme une scierie. A cause des montagnes la surmontant, et des forêts de conifères. A cause des maisons de bois comme l’hôtel de Ben Horne. A cause de l’ombre portée sur la ville par ces montagnes écrasantes. A cause de notre Gasthaus un peu en périphérie ; à cause du petit restaurant où nous avons dîné, seuls touristes parmi des autochtones, de la mince et blonde patronne, de la cuisine traditionnelle qu’on y servait : nous étions chez Norma, à l ‘évidence. Nous étions à Twin Peaks, et des esprits rôdaient dans la forêt, attendant de s’emparer d’un notable avide de sensations nouvelles. Nous regardions les fenêtres éclairées des maisons familiales et nous demandions quels secrets, quelles folies elles dissimulaient. Davantage que dans une autre petite ville. Ce frisson-là : lynchien.

BAVIÈRE (7) – OMBRES & LUMIÈRES

Dans l’extraordinaire Café Tröglen, avec vue sur la cathédrale d’Ulm après la montée (puis descente) des 768 marches de sa flèche et en compensant cet effort par la dégustation de succulentes pâtisseries.

Difficile dans ces conditions de retrouver l’impression laissée par les Alpes bavaroises, les souvenirs qu’elles ont éveillés en moi. Pas des souvenirs d’événements, plutôt des souvenirs d’œuvres ou de sentiments.
Ces paysages, ceux de Berchtesgaden et des environs, m’ont rappelée d’anciennes découvertes, d’anciennes impressions. Les ténèbres qui affleurent dans les contes de Grimm, et que la lecture de Fables a réveillées. Comprendre qu’un être tel que Frau Totenkinder aurait pu vivre ici, et qu’en effet elle est bien plus dangereuse que Baba Yaga. Comprendre aussi ce que sont devenus Hansel et Gretel.
Le fonds légendaire a bien la couleur des terres qui l’ont engendré. Le Roi des Aulnes, ses différentes versions, la fascination mortifère qui emplit le roman de Michel Tournier et qui m’avait tétanisée, adolescente : la majesté et le péril jumeaux.
Aussi ce qui affleure dans les dessins de Hugo, dans certains des poèmes de La Légende des Siècles, dans certaines scènes des Burgraves. Hier soir nous avons parlé de Hugo pendant tout le dîner, et en effet ses dessins disent juste, la lumière et l’ombre, l’ombre surtout, la roche qui se métamorphose en burg au sommet. En roulant hier vers l’ouest au crépuscule, en regardant cette autre lumière, les lignes noires des pins, je pensais aux peintres allemands, à leurs paysages et à leurs lumières, à certaines toiles de Caspar David Friedrich. Je ne prétends pas défendre un « déterminisme du paysage ». Il s’agit seulement des œuvres qui ont modelé mon propre regard sur l’Allemagne, donc mon attente. L’original me frappe au visage.

Le salon de thé s’est effacé. Pourtant les gâteaux ne sont pas moins délicieux, mais leur goût s’est dissous derrière le pouvoir de suggestion des montagnes, de l’ombre, des visions.
Et je ne trouve plus de mots pour les choses plus riantes, pour dire nos fous rires. Pour raconter par exemple qu’à Berchtesgaden, juré craché, nous avons vu une Jeep d’Intervention d’Urgence de l’Ordre Franciscain, gyrophare compris, et que nous avons imaginé les moines en robe, godillots et casque de combat, armés d’eau bénite, descendre la rampe du monastère pour répondre à un appel d’urgence.

Et puis, bien sûr, il y eut les châteaux de Ludwig.

dimanche 24 février 2008

BAVIÈRE (6) – D’UNE IDYLLE SOUILLÉE

Gasthof Köchlin, Lindau

Le retard prend d’alarmantes proportions. Les souvenirs me fuient. Une autre Histoire Possible, ou son début, est née pendant la journée de samedi.

Que feriez-vous si l’endroit que vous trouvez le plus beau au monde, le plus magique, le plus cher à votre cœur, devenait la résidence d’un tyran épouvantable, dont le nom deviendrait indissolublement attaché à ce lieu ? Sûrement vous vous efforceriez de dissoudre cette tache, une patiente entreprise de communication, pour réapprendre au monde que ce lieu existait avant le tyran, pour lui créer d’autres souvenirs et effacer peu à peu ceux-là. Un long travail, mais possible.
Et avant qu’il soit accompli ? Oseriez-vous avouer votre amour pour ce lieu, oseriez-vous vanter ses mérites ? Prendriez-vous le risque de lire le doute et l’horreur dans les yeux de vos interlocuteurs ? Même seul, goûteriez-vous le même plaisir à y retourner vous abreuver de sa beauté ? N’aurait-elle pas un goût amer et coupable, le goût des choses souillées, pendant le longues années ?
Et maintenant, imaginez pire. Imaginez que l’endroit que vous trouvez le plus merveilleux au monde, le plus harmonieux, celui qui touche le plus votre cœur, ait été BÂTI par un tyran abominable et sanguinaire — mais esthète, et doté d’un goût sûr.
Que feriez-vous alors ?
Je ne sais pas ce que je ferais. Et si j’écrivais l’histoire, je ne sais pas comment elle finirait.
Mais elle est née du nom et de l’idée, puis des paysages, de Berchtesgaden.
Car vraiment les paysages de cette région sont parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir.
Des montagnes dont la présence et la masse vous écrasent ou vous élèvent l’âme, comme le font en Ecosse certaines landes des plus sauvages, comme le fait en Irlande le Connemara. Un paysage qui nous interdit les demi-mesures, les demi-sentiments.
Des pics follement découpés, des arêtes gigantesques et aiguës qui redessinent les contours du ciel, des flancs immenses éclairés de neige, et les taches sombres de la roche et des pins. Sans doute ce contraste — la neige étincelante, une terre particulièrement sombre — est-il pour beaucoup dans l’impressionnante beauté des lieux.
Pas toujours si impressionnantes : des cabanes en rondins perdues dans les alpages, sûrement pour y abriter le foin, les berges du Königsee, l’eau si claire, l’île gracieuse et mélancolique à quelques brasses de la rive — étaient d’une beauté plus douce, presque idyllique.