dimanche 5 avril 2009

ISTANBUL (1) : LE REVE

Dans l’avion
De mes années d’Université j’ai conservé cette habitude de la question préliminaire : interroger d’abord mes présupposés, mes préjugés, mes fantasmes, mes raisons intimes et subjectives d’aborder un sujet — ou d’aimer un pays.
Appelons cela une précaution épistémologique.

Et je rêve d’Istanbul depuis longtemps. J’ai tant de raisons de rêver d’elle et de l’aimer qu’il est difficile de croire qu’une ville unique puisse englober tout cela. Mais c’est justement l’une des grâces d’Istanbul : elle est multiple. Innombrable, peut-être.
Mon Amour — qui l’a déjà visitée — affirme qu’on la sent exister de plain-pied sur plusieurs réalités, dans plusieurs dimensions. Plusieurs, insiste-t-il, plus de deux. Et peut-être Istanbul est-elle après tout le modèle de cette Polis aux neuf vies que j’attends d’écrire depuis longtemps.

Pourquoi j’aime Istanbul, donc. Parce qu’elle a trois noms et que tous trois sont des légendes, qu’on me les chantait enfant comme une litanie ensorcelée — Byzance, Constantinople, Istanbul…
Parce que j’aime les cités-frontières, les cités-portes, et que n’en déplaise au pays de Gex, aucune ne l’est davantage que celle-là., aussi littéralement — la Sublime Porte, la Porte de l’Orient. Le lieu où deux mondes… ne s’entrechoquent pas, pas vraiment, mais se rencontrent et s’interpénètrent, comme deux vagues dont les ondes se croiseraient toujours au même point. En ce point-là, l’Occident se change en Orient, ou le contraire.
Parce que l’histoire, évidemment : ville de strates, chacune reconstruisant sur la précédente et à partir d’elle. C’est cela que j’aime dans l’Histoire, que j’ai aimé déjà en Syrie : qu’une église puisse se changer en mosquée, qu’en un même lieu on puisse bâtir un temple, grec, romain, chrétien, ottoman.
Parce que l’Orient-Express et les mythes qui l’accompagnent, en moi et hors de moi.
Parce que quelques noms — de grands noms, de ceux qui laissent un écho dans le monde et dans les âmes.
Parce qu’il s’agit, aussi, d’une ville de roman — et que je suis, qu’on le veuille ou non, romanesque, romantique et peut-être aussi romancière.

Nous survolons les Alpes. J’ai rarement vu si nettement leur relief et leurs neiges, leur étendue massive.
J’en suis heureuse : l’Orient-Express doit en passer par là pour atteindre la cité mystérieuse et vivante au bord de la mer de Marmara, du Bosphore, de la Corne d’Or. La magie du voyage est aussi dans les noms. Cela je le sais depuis longtemps : depuis que je suis assez grande pour lire des cartes et en copier.

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