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jeudi 21 février 2008

BAVIÈRE (3) – MAGIE DE MUS(É)ES

Munich, Pension Isabella

Il faudrait parler aussi des musées, de cette très riche Alte Pinakothek que nous avons visitée et des musées en général.
Je ressors toujours frustrée des musées de peinture. On y voit trop de tableaux, on y rencontre trop de gens, on voudrait se souvenir de tous, on se jure qu’on va y arriver cette fois, on se rappellera la fragilité anorexique de cette adolescente en robe d’apparat, on se souviendra du regard dominateur de ce notable blond en habit noir, on n’oubliera pas les mains si vivantes, si présentes, de ce couple d’époux, on se souviendra… Mais déjà les noms s’effacent, on n’est plus sûr des visages auxquels ils correspondent. Pourtant ils étaient tellement là, les tableaux comme des mains tendues vers leurs âmes, on croyait les reconnaître, on voulait les connaître mieux — mais ils étaient trop nombreux, trop nombreux, vraiment, ils se dissolvent et se mélangent, Dürer et puis Ruben, Poussin et puis Filippo Lippi, Velazquez et le Greco, la formidable vérité photographique de Canaletto et les bouleversants pointillés de couleur de Guardi, et Judith et Marie-Madeleine, et tous les apôtres, et Lucrèce approchant le poignard de son sein, et ces satyres suintant d’animale perversité.
On se souviendra de ceci, pourtant. Brueghel peint toujours la même ville portuaire, une ville imaginaire entre la montagne et la mer, avec une forteresse étagée sur la colline, de hautes maisons de ville, des ponts à arcades de pierre qui s’avancent dans la mer vers des avant-postes fortifiés, et cette lumière bleue et verte qui ne ressemble à aucune lumière de ce monde. Il peint toujours le même port et c’est celui d’Ambre. Il n’était sur aucune carte postale, mais je n’oublierai pas

BAVIÈRE (2) – MUNICH-AUX-MERVEILLES


München, Pension Isabella

Munich est une Cité des Merveilles Architecturales.
On y trouve des merveilles Art Déco, des merveilles années 20, des merveilles néo-gothiques presque indiscernables du vrai gothique flamboyant, des merveilles Renaissance aux façades en trompe l’œil, des enseignes en fer forgé alambiquées, des appliques à tête de dragon, des gargouilles, des cimetières gothico-romantiques où le lierre se change en monstre-mandragore et déracine les stèles de pierre, des clochers vertigineux, des bâtisses presque italiennes à arcades, peintes d’un chaleureux ocre jaune, des vitraux hauts de dizaines de mètres, des fenêtres de verre dépoli et de fer forgé — des églises où que l’on porte le regard, dans la Vieille Ville.
Et on y trouve, sur la Marienplatz, la plus folle de ces merveilles, un édifice de géant qui borde tout le nord de la place et s’enfonce dans les rues adjacentes — la folie d’un géant délicat qui aurait ciselé chaque parcelle, chaque corniche, de cette façade — palais de sculpture, dentelle monumentale et infinie qui défie le regard et la description.
Nous sommes restés tétanisés sur la place, les yeux errants, ne sachant où s’arrêter et s’accrochant partout.
Nous avions tous deux la même impression de Jamais-Vu, d’écrasement ébloui, de Trop-Grand-Pour-Etre-Vrai. Les guides l’expédient en une ligne : façade néogothique du nouveau Rathaus, fin XiXe, début XXe. Pas une étoile.
Alors c’était peut-être bien une folie comme la tienne, Ludwig, qui nous coupait le souffle.